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Bienvenue dans ce nouveau chapitre.
M.D. nous livre ses plus beaux souvenirs...
Moteur...on tourne...
"Il faisait froid, très froid. Le verglas brillait sur la route. Le bébé était au chaud dans le ventre de sa mère, il se sentait bien et se lovait comme un petit chat mais le temps était venu. IL avait reçu l'appel ! il fallait quitter une vie si douillette pour aller vers une autre vie! c'était difficile et l'enfant résistait tant qu'il pouvait! pourtant la petite fille est apparue, toute rouge, toute frippée. Ses pleurs annonçaient au monde qu'elle voulait sa place sur terre. Peu à peu elle s'endormit sur le sein protecteur qui lui promettait le bonheur !...
C'était un 3 février 1927 .
Elle fut appelée Madeleine, Marie, Louise."
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"Nous habitions à Nancy où mes parents tenaient un salon de coiffure. J'étais fille unique gâtée, choyée par des parents aimants et une cousine Yvonne de 15 ans mon aînée qui vivait avec nous et qui m'a suivie toute ma vie. Elle s'est occupée aussi avec dévouement de mes trois garçons. Hélas,elle nous a quittés il y a déjà 12 ans. Donc la gamine était solitaire et d'un tempérament assez sauvage. Sa plus grande occupation était de jouer "à la maîtresse", toutes ses poupées alignées sur des chaises même l'ours Martin qui était souvent puni !IL ne travaillait pas bien. J'allais moi-même à l'école bien sûr. Ma maman racontait à qui voulait l'entendre que j'adorais aller à l'école ce qui n'était pas vrai ,j'avais horreur de ça mais ne disais rien. A l'école mes pensées vagabondaient très souvent ailleurs si bien que je ne comprenais rien et mes notes étaient mauvaises. Je n'aimais que la lecture que j'ai maîtrisée très tôt et le dessin mais l'école était ma bête noire. Je ne savais pas encore que j'y passerais ma vie !!
Je fus un jour humiliée par une maîtresse sadique et cela me cuit encore. IL fallait faire une analyse grammaticale et moi après chaque mot j'avais cru utile de terminer par "mode indicatif" dont je ne comprenais pas le sens évidemment. La maîtresse en rendant mon cahier s'était mise à lire ma prose en scandant le fameux mode indicatif que toute la classe reprenait en choeur. J'étais honteuse et humiliée.Je fus longtemps appelée "mademoiselle mode indicatif". Je devais avoir 8 ans environ et ce jour-là j'ai détesté cette méchante femme me jurant d'être un jour une gentille maîtresse pas comme cette chipie ! Et c'est ce qui est arrivé bien plus tard !!!"
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"Nancy ! j'aimais cette ville de mon enfance mais je n'y suis jamais retournée.
La Pépinière jardin merveilleux situé à côté de la belle place Stanislas. J'y ai passé beaucoup de jeudis (et non le mercredi comme maintenant ). Une longue allée ombragée menait au parc. Des marchands de glaces avec leurs petites voitures décorées me faisaient terriblement envie. "Un cornet pas plus sinon tu auras mal au ventre" me disait ma très chère Yvonne. Je léchais religieusement ma glace vanille-pistache en prenant garde de ne pas la laisser tomber ce qui m'est arrivé une fois et j'ai eu beau pleurnicher je n'en ai pas eu une autre !
Le parc était et est toujours une merveille avec ses pelouses bien tondues, ses massifs de fleurs multicolores, ses arbres majestueux, un saule pleureur en particulier sous lequel on pouvait se cacher. Nous choisissions un joli coin et là assises sur nos chaises il n'était pas question pour moi d'aller jouer avec la nuée de gamins et de gamines qui courait partout en poussant des cris. Je tricotais pour ma poupée ou bien je lisais les revues de l'époque pour petites filles "Lisette et Fillette" ou la semaine de Suzette mais je préférais de loin les histoires de Charlot, des Pieds-Nickelés, de Mickey mousse, de Bibi fricotin et de Bicot et Suzy dont j'ai encore des livres. Certains jeudis nous nous installions près du kiosque à musique pour écouter des fanfares ou mieux des violons qui me faisaient rêver. Plus loin il y avait un parc animalier et bien sûr je ne me lassais pas de regarder les mimiques si drôles des singes auxquels je jetais des cacahuettes. J'ai aussi le souvenir d'un magnifique paon en liberté sur les pelouses. Parfois il faisait la roue en déployant ses plumes chatoyantes et poussait son cri "léon, léon !" qui était ce Léon qu'il semblait appeler?
C'était mes beaux jeudis mais un jour."
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"Souvenir d'enfance
Tous les ans pour les grandes vacances j'allais dans le village natal de ma mère. Là,je retrouvais mes grands-parents, un oncle (frère de maman) , sa femme et surtout leur fille de mon âge. Nous passions des vacances merveilleuses dans notre insouciante jeunesse. Souvenirs que nous évoquons encore avec tendresse et nostalgie. Le village était un village de paysans qui à l'époque ne connaissaient pas les tracteurs. Tout se faisait à la main. Les faux allaient bon train durant la fenaison. IL fallait aussi retourner régulièrement le foin pour le faire sécher. Pour cela chacun était armé d'une fourche en bois et il fallait avoit le coup de main pour ne pas éparpiller le foin. Chacun avait "sa" fourche et il ne fallait surtout pas prendre celle du grand-père !! Nous, les gamines nous nous amusions à faire ce travail mais sans persévérance, c'était un jeu pour nous. Les champs s'émaillaient de jolies meules de foin mieux que les rouleaux actuels! puis venait le moment attendu où on chargeait le foin sur de grandes charrettes munies d'une sorte d'échelle des deux côtés. Lescharretées étaient volumineuses et pour tenir le foin il fallait fixer sur le dessus un long tronc d'arbre spécial avec des cordes. Mais ce qui nous intéressait le plus était la permission que nous avions de grimper tout en haut de l'édifice et là couchées dans le foin odorant on se laissait bercer par le pas lent des vaches attelées. Je trouvais la position super, nichée dans le foin, les yeux au ciel à regarder les nuages, oubliant tout,des rêves plein la tête que j'aurais voulu voir durer toujours !! j'avais 9 ans !!!!"
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"Vacances à la ferme !
Pour moi, la petite fille de la ville, je changeais radicalement de milieu et me trouvais transportée dans un ailleurs magique.
La maison était grande avec des colombages et du crépis bleu clair. Nous mangions dans la "gross Stub" (la grande salle ). Au plafond des poutres noicies par le temps, au sol de larges planches par endroits écartées ce qui permettait de faire glisser des billes dans des parties de jeu interminables. Dans un coin "der eck Bank" (banc de coin ) et devant une grande table surmontée d'une lampe avec une couronne de perles de couleurs, dans la table un énorme tiroir où l'on conservait les grosses miches de pain cuites dans le grand four muré de la cuisine et desquelles on obtenait d'immenses tartines que l'on dégustait garnies de confiture ou de beurre parsemé de rondelles de cornichons ! Au fond,l'alcôve fermé par des rideaux rouges, derrière deux lits recouverts d'édredons ventrus à carreaux rouges et blancs. Au plafond accrochés aux poutres de grands paniers qui servaient au marché ou aux champs et toujours suspendus aux poutres des sachets en toile de toutes tailles dans lesquelles séchaient des plantes pour la tisane ou des herbes pour la cuisine. Près de la porte un fourneau en faïence verte (éteint en été bien entendu) sur le dessus en permanence d'immenses tartes aux pommes ou aux quetchs recouvertes d'une serviette blanche. En face le long du mur une grande commode munie de profonds tiroirs dans lesquels ma grand'mère rangeait ses vêtements, toujours noirs, et sa grande coiffe alsacienne qu'elle mettait le dimanche pour aller à la messe ...."
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"le grand-père Pierre gross-pape Peter
C'était un homme grand, sec, à la moustache tombante et sur la tête un éternel chapeau en feutre noir verdi par le temps. IL se tenait très droit et en imposait beaucoup. IL parlait peu et nous en avions un tantinet peur pourtant il n'était pas méchant mais n'aimait pas le bruit. C'était un introverti dirions- nous maintenant. A table sa place était celle du chef dans le haut de la table. On nous avait raconté que jadis ses enfants n'avaient pas le droit de parler à table et ils devaient vouvoyer les parents. Mais nous les gamines avions tous les droits. Je ne me souviens pas l'avoir vu rire cependant il aimait sa plaisanterie particulière qui consistait lorsqu'il coupait une tranche de la grosse miche de pain de nous demander avec une lueur malicieuse dans les yeux si nous voulions une tranche "de par devant "ou "de par derrière"? comme nous connaissions l'astuce on clamait "Par derrière gross-pape!!" Alors il faisait passer la miche derrière lui et la ramenait par devant pour couper la tranche "de par derrière" ! et attendait nos rires !"
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"Je le vois encore aller aux champs, la faux, le rateau ou la houe sur l'épaule. IL marchait d'un pas régulier sans hâte et disparaissait peu à peu dans le lointain. Sa faux demandait un entretien soigneux. Il l'affutait régulièrement avec une pierre à aiguiser qu'il promenait d'avant en arrière sur la lame pour obtenir un fil bien coupant. J'entends encore le bruit régulier et métallique et cela faisait un peu mal aux dents ! Mais son vrai métier était celui de tailleur. IL confectionnait patiemment des costumes d'hommes dans une étoffe épaisse et rude et toujours en tirant l'aiguille, il n'avait pas de machine à coudre cependant les points qu'il faisait étaient aussi réguliers qu'une machine aurait pu le faire. Souvent un copain voisin venait lui tenir compagnie devant une chope de bière,sans beaucoup de mots. Longtemps on s'éclairait à la bougie ou à la lampe à pétrole, temps que je n'ai pas connu. On nous racontait que le gross-pape s'opposait fermement à l'électricité. Cependant il finit par céder en grommelant. Or, un soir,il fut surpris seul à s'extasier comme un enfant allumant et éteignant la lumière, le doigt sur le bouton électrique ! pour lui c'était de la magie! Dans la famille on s'est longtemps amusé de cet épisode !"
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"grand'mère Madeleine gross mame Leine
C'était une petite femme, noireaude, sans cesse en mouvements comme une petite souris. Elle semblait si fragile pourtant elle avait mis six enfants au monde 3 garçons et 3 filles.Toujours habillée de noir, un caraco à manches longues boutonné jusqu'au menton et une ample jupe qui descendait jusqu'aux chevilles. Ses cheveux longs tressés en deux nattes serrées entouraient sa tête et la coiffe alsacienne qu'elle arborait le dimanche lui allait très bien. A l'église les femmes portaient toutes cette coiffe aux ailes noires. Un jour le curé fâché d'avoir trouvé des boutons de culotte dans la quête jeta ces boutons à la volée au travers de la nef sur les coiffes qui s'agitèrent dans un grand frou frou. C'était du plus haut comique ! Les hommes de l'autre côté de l'allée se sont bien amusés. Revenons à la grand'mère.
Elle était rarement assise, toujours occupée. C'était elle qui cuisait le pain et les bonnes tartes dans le grand four muré de la cuisine. J'étais toujours subjuguée lorsqu'elle faisait du beurre dans la baratte munie d'une manivelle qui actionnait des pales en bois à l'intérieur. Elle tournait, tournait inlassablement cette manivelle et oh! miracle la crème se transformait en bon beurre jaune qui était ensuite moulé dans des formes ovales. Qu'il était bon ce beurre sur les grandes tartines de pain !
Tous les jours il fallait faire cuire la patée du cochon dans une bassine où mijotait longtemps un mélange de farine, de pain, de restes et que sais-je encore. Cela ne sentait pas très bon mais le cochon semblait adorer cette mixture que lui apportait la gross mame dans des seaux très lourds.. C'était aussi la gross mame qui lâchait les vaches dans la cour pour les faire boire. Je me plantais derrière l'abeuvoir pour voir boire les vaches. Elles lampaient à larges coups de langue goulue, le museau au ras de l'eau. J'étais fascinée. Puis elles rejoignaient seules l'étable le museau dégoulinant. Je me régalais de toutes ces choses simples de la vie paysanne inconnues en ville.
Hélas, un 22 juillet jour de la sainte Madeleine le grand-père mourut le matin et la grand'mère le soir même. Quelle grâce pour ces deux êtres qui avaient vécu si longtemps ensemble."
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"Au-dessus de la commode, accroché au mur un grand chapelet de perles en bois et une croix. On était très pieux dans ce village entièrement catholique. Le samedi la cour était soigneusement balayée. Le dimanche était sacré et on mettait les beaux habits, défense de se salir ! De la cuisine s'élevait l'odeur alléchante d'un pot-au-feu qui mitonait tout seul durant la messe.
En semaine je vivais joyeusement parmi les poules, les canards et les oies. Il fallait éviter le jars qui nous pourchasser en sifflant pour nous pincer les mollets ! j'aimais appeler les poules du haut du perron. Elles arrivaient en courant pour picorer les grains que je leur jetais par poignées.
Quand la tante allait traire les vaches nous courions derrière elle, chacune ma cousine et moi avec un grand bol en main. Debout dans l'étable nous dégustions le lait tiède sorti tout juste du pis de la vache, sans nous soucier du cochon qui grognait et des hirondelles qui entraient et sortaient sans cesse pour nourrir leurs petits nichés dans les nids qui garnissaient le plafond de l'étable.
Ce que nous trouvions encore excellent et qui faisait pousser des cris à ma chère Yvonne, était de sucer le jus des pommes vertes qu'il fallait taper vigoureusement sur le mur de l'étable pour sucer ensuite avec délices le jus acide qui en sortait ! nous n'avons jamais eu "d'effets indésirables" !!!
Les champs à l'époque regorgeaient de blé, d'avoine, d'orge mais surtout pas de maïs comme maintenant. J'aimais les épis follets de l'avoine si légers que je piquais dans dans les bouquets de coucous jaunes cueillis dans les prés. Ces fleurs sauvages s'appellent en alsacien "les clefs du ciel" ! n'est ce pas joli!"
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"Mais un jour...l'ambiance de la ville semblait changée. Une sorte de peur rampante courait le long des rues. J'entendais parler de front populaire, de révolution, de Léon Blum. Bien plus tard les sirènes retentirent en hurlant. La guerre était déclarée contre l'Allemagne. Des affiches partout signalaient la mobilisation générale. Mon père dut nous quitter. Il était affecté au point d'embarquement de Mommenheim. Peu après les autorités demandaient aux gens qui le pouvaient de quitter la ville trop proche de la frontière. J'avais un oncle charentais, agent de police à Paris, qui nous prêtait sa maison qu'il avait construite au nord d'Angoulême. "Les Allemands n'iront jamais jusque là" disait-il. Nous avons eu très vite un camp de SS juste dans les prés en face de la maison où nous logions !!! Donc les valises furent bouclées pour partir. Je pleurais à chaudes larmes car je ne pouvais pas quitter "mes enfants" Solange, Agathe, Delphine, Sidonie, l'ours Martin et mon cher baigneur René qui finalement eut droit au voyage, mais quel voyage ! dans un train omnibus bondé qui se traînait péniblement, stoppant net parfois ce qui provoquait une avalanche de colis et de valises qui quittaient les filets. A Paris, changement de gare et de train et nous revoilà comptant les heures qui nous séparaient de cette lointaine Charente, le bout du monde ! Enfin fatiguées, foubues, nous nous sommes installées tant bien que mal dans une maison très peu meublée mais nous avions un toit."
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"Charente ! Quelle différence avec l'Alsace! c'est plat, sans forêts, des champs souvent incultes, remplis de cailloux, pas de fleurs aux fenêtres, des maisons grises, à l'intérieur desquelles une grand salle noircie par un âtre monumental où cuisent toute la journée des mongettes (haricots) dans une marmite noire, ventrue suspendue à une crémaillère. Chacun peut se servir à même la marmite à l'aide d'une grande louche. Ce qui m'a frappée aussi c'est le langage truffé de patois de ces Charentais aussi indolents que leur rivière. Des mots déformés pour ne pas faire d'efforts ainsi cheval devient geval, camion devient gamion etc... garçons et filles sont des drôles et des drôlesses et la conversation souvent émaillée de "couillons" ce qui m'a au début beaucoup choquée mais on s'habitue à tout. Ce mot est encore en 2007 dans bien des bouches non charentaises !
Dans ces maisons campagnardes souvent pas d'eau courante, un seau fait l'affaire, il est surmonté d'une sorte de casserole à long manche creux, la cassotte, on puise de l'eau, on repose l'instrument sur le seau et l'eau s'écoule par le manche, tu peux te laver les mains mais il faut faire vite !... J'espère que tout s'est modernisé depuis ces temps reculés !
La maison de l'oncle était déjà mieux équipée, heureusement !"
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"Au village, les gens nous regardaient de travers. Mes parents parlaient l'allemand ce qui était suspect ! et les bons charentais nous appelaient " les boches de la gare"!! cela nous blessait beaucoup ! Ces gens furent bien contents de trouver mon père pour qu'il intercède auprès des Allemands et les dissuade de faire du village un deuxième Oradour sur Glanne! pourquoi ? simplement mon oncle stupide avait hissé un drapeau français sur un poteau pour narguer l'occupant !! Ce n'était guère malin. Le drame d'Oradour nous avait énormément affectés, Oradour n'était pas très éloigné et nous savions la tragédie qui s'y était passée.
Moi, je vivais mon adolescence sans heurts et après le brevet je fus admise à l'école normale de Metz repliée dans la Vienne à Couhé-Vérac dans un château prêté pour hébergé l'école. Beau château entouré d'un immense parc le long du Clain un affluent de la Vienne. On nous appelait "les demoiselles du parc"princesses en sabots (encore) et en grande cape bleu sombre sur les épaules ! Le réfectoire était installé dans le grand salon du château où trônait une immense cheminée sculptée. Le décor était parfait mais nos assiettes peu remplies !! la fin de la guerre n'avait pas subitement apporté l'abondance loin de là."
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"Pour subvenir à nos besoins ma mère utilisait la salle à manger pour couper les checeux aux gens du village. Plus tard un officier SS lui commanda de couper aussi les cheveux de ses soldats. Comment refuser sans s'exposer à des représailles ? mon oncle "fervent patriote" apprenant la chose entra dans une fureur noire ! il nous fallut nous installer ailleurs, heureusement une petite maison venait de se libérer près de la gare.
Mon père fut assez rapidement démobilisé ayant atteint l'âge et il vint nous rejoindre avec tout notre mobilier nancéen. C'en était fini du lycée Jeanne d'Arc que je fréquentais. IL fallut aller à l'école communale au village sans comparaison aucune avec le superbe lycée de filles. L'école était mixte, nous y allions en sabots charentais à bouts ronds. Les chaussures montantes à semelle de bois me donnaient des tendinites insupportables alors chaussons et sabots me convenaient fort bien, l'école aussi d'ailleurs ! je m'y sentais bien ! et là oh! miracle! je fis des merveilles ! Les bonnes notes pleuvaient, je comprenais tout ! on eût dit qu'une lumière s'était allumée dans ma tête ! j'aimais aller dans cette école rustique de village, au plancher noirci par une sorte d'huile goudronnée sensée être désinfectante en tous cas ça débouchait le nez! sur un côté de la salle se trouvait un poële en fonte qui ne chauffait qu'à un mètre autour de lui ! au fond de la classe une rangée de crochets pour nos manteaux et au sol nos sabots bien alignés. A midi nous allions à la cantine installée dans un préau et là j'ai mangé ma dose de mongettes !
Le vilain petit canard du lycée s'était transformé en cygne ! si bien que le certificat d'études en poche je pus aller au cours complémentaire à 9km de là . J'ai fait à cette époque mon compte de km à bicyclette , une bicyclette toute neuve c'était le cadeau du certif ! les études marchaient et je peux avouer que j'aimais bien la présence des garçons, cela mettait du piquant dans les relations!"
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"Au bout d'un an délaissant le château (devenu depuis un centre sportif ) l'EN est retournée à Metz où nous attendaient deux années de préparation au baccalauréat car à l'époque pour être bachelier à part entière il fallait avoir obtenu deux bacs (sciences puis philo ) Je fis la dernière année de formation professionnelle à Sélestat car je voulais enseigner dans mon Alsace si longtemps délaissée. Ce qui fut fait. C'est ainsi que je me suis retrouvée dans un village de vignerons durant cinq ans puis à Strasbourg. Lors d'un stage de colonies de vacances je vis un beau garçon, intelligent, au caractère bien trempé qui voulut bien m'accepter pour épouse et l'aventure continua au collège de Wingen. Ensuite les plus beaux cadeaux que nous fit la vie furent la naissance de nos trois fils. La suite est connue !
Mon mari avait un frère papa de trois garçons. Le plus jeune Laurent me plaisait bien, il avait environ quatre ans. Parfois lorsque je pouvais l'attraper je l'installais sur mes genoux et lui chantonnais une comptine : "Quand Jeannot va à Paris sur son petit cheval gris ." Il ne me parlait pas mais me regardait intensément avec de grands yeux et vite le petit sauvageon s'échappait dans la cour en riant, loin de cette étrangère qui squatait son territoire."
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"Pour Noël, dans les maternelles, les maîtresses offraient (sans doute encore aujourd'hui ) une petite fête souvent animée par un théâtre de marionnettes. Et bien je faisais partie de la troupe de marionnettistes. Nous étions un petit groupe d'instits qui avons ainsi apporté de la bonne humeur dans pratiquement toutes les maternelles de Strasbourg. C'était toute une préparation. Il fallait élaborer une histoire puis fabriquer les marionnettes, chercher de la musique, voir pour l'éclairage et faire de nombreuses répétitions. Le castelet avait été fait par les hommes avec des tuyaux métalliques qui s'emboîtaient, les femmes avaient cousu les rideaux et le montage se faisait en équipe en un clin d-oeil. Et tout ceci se faisait dans la camaraderie et la bonne humeur et les rires et les yeux brillants des enfants étaient notre récompense! Nous avons même passé à la télé !! puis peu à peu le groupe a disparu faute d' "artistes" qui l'un après l'autre était nommé à d'autres postes comme moi qui suis venue à Wingen.
Voilà un petit morceau de vie qui me semble déjà tellement loin !!!"
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"Dans le chapitre distractions, j'ai le souvenir encore vivace d'un fabuleux "Othello" joué par une troupe italienne. J'ai aussi bien aimé les opérettes comme par ex" la Périchole". C'était aussi l'époque des galas Karsenty, une troupe parisienne qui sillonnait la France et donnait d'excellentes pièces en particulier du Tchekov avec" la Mouette" dans laquelle jouait Romy Scheider ou du Beckett "En attendant Godot" et bien d'autres encore.
J'allais aux concerts classiques donnés au palais des fêtes et j'ai écouté avec plaisir des chefs d'orchestre de génie tel Claudio Abbado et Georges Prêtre. J'aime beaucoup les symphonies de Beethoven surtout la "pastorale". Il y a aussi la symphonie du nouveau monde de Djvorak fabuleuse et les nocturnes et polonaises de Chopin ainsi que son adorable petite musique de nuit et enfin les concertos brandbourgeois de Bach à l'orgue. Tout ceci ne m'empêche pas d'aimer le jazz et je me souviens d'une salle bondée et en délire au Wacken pour Sidney Bechet et son orchestre , "les oignons". C'est drôle et aussi "Dans les rues d'Antibes " et encore le merveilleux piano de jazz du regretté Michel Petrucciani , extra!"
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SUITE DES SOUVENIRS
A la ferme, il n'y avait pas de salle de bain. On se lavait dans la cuisine. Les serviettes et les torchons étaient suspendus au mur, cachés par un long rideau blanc où les broderies au point de tige rouge représentaient des scènes campagnardes ou ménagères .Peu de meubles, une table recouverte d'une toile cirée et surtout au-dessus de la table une lampe garnie d'une jupette de perles et que l'on pouvait monter ou descendre selon les besoins. Système qui m'amusait beaucoup ! Revenons aux ablutions. La grande toilette se faisait le samedi .Les autres jours on se contentait du minimum syndical et vite au lit .Je couchais dans un lit en bois, très haut que j'escalais rapidement et me nichais avec délices dans les plumes d'un grand oreiller et d'un édredon rebondi (le plumon) recouverts de "kelch" étoffe typique à carreaux rouges et blancs ou bleus et blancs. Il y faisait bon comme dans un nid douillet .Le lit était placé contre le mur, mur en partie caché par une tenture en toile blanche brodée de rouge sur laquelle j'appris à lire quatre vers en gothique qui me servaient de prière et dont je me souviens encore :
"Beklage nicht den Morgen
Der Mühe und Arbeit gibt
Es ist so schön zu sorgen
Für Menschen die man liebt ."
Ne te plains pas du matin
Qui apporte la peine au travail
C'est si beau de pourvoir
Pour les gens que l'on aime."
Le soleil du matin filtrant à travers les volets me réveillait en douceur et je regardais fascinée ce rai de lumière dans lequel dansaient et voltigeaient les poussières comme autant de minuscules elfes, c'était magique et cela me faisait rêver à une nouvelle et belle journée de vacances !
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Des jeux sans jouets.
Nous avions inventé des poupées, comment ?
IL fallait d'abord trouver dans la grange de beaux fétus de paille avec de beaux noeuds qui seraient la tête des poupées puis par une petite fente on glissait un deuxième fétu plus court à la perpendiculaire du premier, c'était les bras. En somme une sorte de croix qu'il fallait habiller. Un rectangle de papier plié en deux, un trou dans le pli par lequel on glissait la tête, cela faisait une sorte de chasuble que l'on décorait avec nos crayons de couleurs. Nos poupées de paille avaient une grande garde-robe de stars faite de découpages et de coloriages à l'infini .Toutes ces préparations prenaient du temps pendant lequel nous étions des enfants "sages". Ah! il fallait aussi des petits lits pour "Rosette" et "Bleuette", les grandes boîtes d'allumettes faisaient l'affaire ! Que de bons moments passés avec nos poupées de paille ! La paille servait aussi à faire des bulles de savon irisées qui s'envolaient lentement vers le ciel ou bien plouf éclataient en mille gouttelettes .Un des bouts de la paille était écarté en étoile puis trempé dans de l'eau savonneuse fabriquée par nos soins avec quelques restes de savon.
Puis un peu d'exercice s'imposait et nous voilà sur la route des champs fouettant nos chevaux qui n'étaient autres que de vieux cercles de tonneaux qu'il fallait guider avec des bâtons bien droits trouvés dans le petit bois à côté de la maison. Pas une minute d'ennui ! la vie était belle !
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Les fillettes du village portaient toutes des nattes que j'enviais. Avoir de beaux cheveux longs était pour moi la beauté suprême ! Or ma mère estimait que les cheveux courts avec une frange sur le front à la Jeanne d'Arc m'allaient très bien .Ce qui n'était pas mon avis !!Ma cousine, elle aussi avait les cheveux courts. Alors pour palier à cette "carence" nous nous faisions des cheveux longs avec les châles triangulaires en laine crochetée à la mode à cette époque .Un ruban tenait le tout sur la tête et les trois pointes du châle tressées en nattes. Ravies nous nous promenions fièrement avec nos "cheveux longs" lourds et encombrants sous le soleil ardent de l'été. On transpirait ferme mais pour être belle il faut souffrir c'est bien connu !!
Plus tard, on nous offrit des balançoires qui furent suspendues à une poutre du préau et là se sont jouées de fabuleuses envolées vers le ciel toujours bleu. C'était alors la griserie de qui monterait le plus haut et le plus longtemps .En redescendant "sur terre" la tête tournait encore un peu mais c'était si bon !...
Nous avons grandi toutes les deux et la guerre a séparé ces deux fillettes ! Par bonheur elles se sont retrouvées bien plus tard, en Alsace justement.
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16 ans c'était la guerre !
Les baraquements du camp de SS étaient implantés juste devant la maison que nous habitions .La vue n'était pas réjouissante mais les soldats animaient un peu le quartier. Deux fois par jour c'était le rassemblement pour l'appel .Une voix rauque hurlait
"Antretten !" et tous les jeunes hommes à peine plus âgés que moi couraient s'aligner sur la route .Après l'appel et le salut au drapeau c'était le défilé scandé par les bottes et les chants dont le fameux "halli hallo halla ou bien Lili Marlen ". En vérité j'aimais assez ces choeurs d'hommes mais l'occupant était profondément détesté. IL avait des noms variés : les boches, les ya ya, les verts de gris, les schleux, les doryphores etc...Pour eux nous étions les "oh! la la " il est vrai que c'est une exclamation qui nous caractérise à propos de tout et de n'importe quoi.
Un jour, de ma fenêtre, je vis arriver dans un vacarme de sabots une bonne vingtaine de chevaux qui furent alignés devant la maison et le long de la route. Chaque cheval était brossé, lustré, peigné par un militaire préposé à ces soins .Puis arriva en gants blancs, sanglé dans un uniforme impeccable un chef flanqué de quelques sous-chefs. La revue pouvait commencer. Les gants blancs se promenaient sur la croupe des chevaux et malheur si le gant perdait un peu de sa blancheur !Le cheval devait se rouler dans la poussière et le pauvre soldat après avoir essuyé de sévères reproches ,n'avait plus qu'à recommencer le bichonnage de l'animal .J'étais horrifiée!
D'autres fois des soldats punis pour quelques fautes devaient faire des pompes à n'en plus finir .Un adjudant hurlait des "Hinlegen" "Aufstehen" (debout! couché!) encore et encore .J'en été malade et je plaignais les pauvres gars.
Mais un jour ce fut "la débâcle" la guerre était finie .Les Allemands fuyaient à toute vitesse sous les quolibets, empruntant tous les véhicules qui leur tombaient sous la main. Je pus sauver mon vélo caché derrière un double fond de la cave. Ouf !
Les cocardes tricolores fleurissaient dans nos cheveux. Les rires et les cris de joie retentissaient partout .C'était la liesse générale !
Hélas! de malheureuses femmes qui avaient aimé un ennemi se virent dépouiller de leurs vêtements, honteusement tondues et promenées dans les rues sous les insultes et les crachats ! Une foule hurlante, les visages hideux, criait vengeance sur ces pauvres femmes qui n'avaient fait qu'aimer! C'était écoeurant. J'en ai encore la nausée après tant d'années.
Cependant la vie continua, l'air semblait plus léger. On croyait à un avenir meilleur !!........
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La religion
De mon baptême, aucun souvenir et pour cause !!Cependant il me reste le menu très copieux qui a dû tenir la parenté très longtemps à table !
Mes parents n'étaient pas particulièrement pieux. Mon éducation religieuse commença avec le "cathéchisme" qui avait lieu dans une salle assez poussiéreuse près de la cathédrale. Nous étions assises sur des bancs et le curé, d'un pupitre haut perché nous racontait... quoi au juste ? Je n'écoutais guère. Mon obsession se portait sur les réponses des questions posées dans mon livre du cathé. Le curé nous interrogeait l'une après l'autre et suivait l'ordre des questions.IL m'était facile de trouver le numéro de la question qui me serait posée. J'ouvrais discrètement le petit livre pour réviser la réponse. Un jour à ma grande confusion je débitai la réponse à une autre question !! dire à quel point j'étais attentive !!
L'âge étant atteint ce fut la préparation à la première communion. Cérémonie très attendue pour d'autres raisons que religieuses !
D'abord il fallait se confesser. Quelle corvée ! J’inscrivais mes supposés péchés sur un papier.IL fallait indiquer le nombre de fois où l'on avait succombé. J'écrivais n'importe quoi que je débitais rapidement puis j'écoutais les exhortations du prêtre caché derrière une petite fenêtre grillagée. Je ne retenais de ce laïus que l'haleine peu engageante du curé.
Le grand jour arriva enfin !
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La belle robe longue et blanche, le grand voile blanc retenu par un joli bonnet brodé et les accessoires :les gants blancs, l'aumonière contenant un petit mouchoir et une bourse ,le chapelet aux perles irisées, le missel qui sentait bon le cuir neuf, la chaînette et la croix en or et aussi la montre (cadeau du parrain ) J'étais magnifique !!
A la cathédrale la cérémonie se déroulait au son des orgues, du Salve Régina, du Veni créator .L'ambiance était sublime de majesté. Nous étions nombreux, les robes blanches d'un côté, les costumes sombres ornés de longs brassards blancs de l'autre. Au moment de la communion, il fallait défiler en ordre jusqu'à la sainte table et moi reine des étourdies je me suis trompée de rangée. Seule au milieu de l'allée centrale j'ai longuement cherché ma place! la honte !!
L'après-midi après les vêpres promenade avec la famille et photos devant la statue du roi Stanislas. Le retour se fit sous la pluie. Le bas de ma robe et le voile maculés sur dix cm .Ma blancheur virginale n'en est pas sortie intacte ! (il n'est question que des beaux atours !voyons !)
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Au village lors de la fête Dieu grandes processions dans les rues. En premier les fillettes habillées de blanc (cela s'appelait :Weiss gehen - Aller en blanc) dans les mains des petites corbeilles remplies de pétales de rose destinés à parsemer le sol devant le prêtre en grande cape dorée portant l'ostensoir sous un dais majestueux. La procession s'arrêtait pour prier devant des autels surchargés de fleurs confectionnés par les fidèles pour l'occasion .Cela ne se fait plus .C'était à qui ferait le plus bel autel!
Ma cousine faisait partie du groupe des fillettes. Je voulus aussi processionner. J'avais un ensemble blanc, bien, mais je portais des chaussettes qui ne cachaient pas les genoux! ma tante puritaine (et qui craignait les cancans) me fit enfiler des bas blancs retenus par un bracelet en caoutchouc. Or en marchant je sentis l'un des bas glisser dangereusement .Je risquais de le voir bientôt au ras des chaussures .Pour ne pas en arriver là je pinçais le bas au travers de ma jupe, l'autre main était occupée par un agneau en peluche .J'avais une démarche des plus bizarres ce qui faisait rire sous-cape toutes mes voisines ! Quelle affaire, on ne m'y reprendra plus !
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Pendant les vacances de Pâques, les prières à l'église devaient se faire en continu par groupes tournants, les hommes, les femmes, les filles, les garçons. Après chaque strophe des litanies le choeur répondait :"Erbahrmet dich unser" (ayez pitié de nous ) je ne comprenais pas et en douce je demandai à ma cousine ce qu'il fallait dire et elle malicieusement me dit en alsacien que je comprenais: "Des Bankle esch unser "(ce banc est à nous) Pendant toute la litanie je me suis évertuée à indiquer que le banc était à nous, sans me poser de questions. Les sonorités se ressemblaient alors ? pourquoi pas ?je devais avoir 7 ans.
Je ne sais pas si ces prières perpétuelles ont encore lieu, peut-être bien au mont ste.Odile . Les hommes ont bien besoin en ces temps difficiles, de prier et de demander le soutien du ciel. Cela devient une urgence à notre époque de dérive. Le ciel ne nous tombera pas sur la tête comme le croyaient les Gaulois mais c'est sans doute de là que le genre humain trouvera la rémission et qui sait un bonheur insoupçonné! ...à méditer...
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Un salon de coiffure dans les années 30
Mes parents officiaient dans un assez grand salon de coiffure et géraient une bonne clientèle rue st Georges à Nancy .Les veilles de fêtes il fallait gonfler l'effectif du personnel avec des "extras" .Le salon était partagé en son milieu par une cloison ouverte à un bout qui donnait accès à la sortie .D'un côté le salon pour hommes, de l'autre le salon pour les femmes .Les hommes venaient pour " la barbe et les cheveux " c'était la demande rituelle .Je m'amusais lorsque ces messieurs se transformaient en père Noël le visage copieusement badigeonné de mousse blanche .Le rasoir était un instrument sacré, il devait glisser sur le visage avec la douceur d'une caresse. Mon père entretenait sa panoplie de rasoirs avec minutie les passant et repassant sur un cuir spécial afin de leur donner le fil le plus acéré possible. Je n'avais certes pas le droit d'y toucher.
Du côté des femmes l'activité était plus importante. Les cheveux courts étaient à la mode
mais il fallait les "onduler", cela s'appelait d'ailleurs "faire une ondulation " ceci à l'aide de fers à friser sortes de longues pinces de différentes grosseurs chauffées sur un petit réchaud à gaz. J'entends encore le cliquetis des fers maniés avec dextérité. Des cheveux chauffés et parfois pas très propres s'élevait une odeur nauséabonde ! Qu'importe ces dames voulaient de beaux crans et des bouclettes hélas tout ce travail artistique ne tenait pas longtemps .IL fallut trouver mieux et avoir recours à " l'indéfrisable "qui commençait à avoir un franc succès. Mais quelle torture à endurer sans broncher !
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D'abord, les cheveux mèche par mèche étaient enroulés sur des bigoudis ,jusque là ,pas de problème ,puis arrivait "le casque" d'où pendaient à de longs fils électriques des pinces qui enserraient les bigoudis .On branchait le courant .A partir de là "on ne bouge plus "La surveillance devait être attentive car les cheveux risquaient de "cramer" ou bien une pince pouvait se détacher et brûler la patiente !c'était le risque à payer pour avoir un bel "indéfrisable". La mise en plis suivante n'a guère changé .Heureusement pour les femmes cette torture n'existe plus.
J'aimais assister à toutes ces manoeuvres mais l'air ambiant n'était pas très sain pour une enfant .Je n'avais pas le droit de rester longtemps sur les lieux mais je ne perdais pas une miette de ces démonstrations et aussi du bavardage de ces dames !...
Je me faisais discrète et tranquille pour ne pas attirer l'attention de ma mère .J'aimais ranger dans une vitrine les jolis petits flacons de parfums .C'étaient des flacons mignatures dont le contenu était juste la dose pour "une friction "demandée après un schampooing. ILs avaient des formes différentes selon la marque :pétrole Hahn, Houbigant, Soir de Paris, Narcisse bleu ,parfums de violette, de rose, de lilas etc...Je pouvais trier ces jolis flacons pendant longtemps .ILs étaient comme des élèves que je mettais en rang ...déjà !
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Les soirs d'été, le magasin fermé, on sortait les chaises et on s'installait sur le trottoir pour prendre le frais, bavarder avec les voisins, regarder les derniers tramways qui passaient dans un bruit de ferraille. Aux arrêts le "wattmann" touchait du bout du pied une pédale qui déclenchait une sonnerie stridente. Les derniers voyageurs s'engouffraient dans le tram qui s'éloignait sans trop se presser.
On regardait aussi l'allumeur de réverbères (comme dans le petit prince de st Exupery) il
passait d'un "bec de gaz" à l'autre et à l'aide d'une longue perche allumait les lampes
qui brillaient peu à peu tout le long de la rue.
Parfois devant une maison fondait un long bloc de glace oublié par la ménagère .En effet dans ce temps là point de frigo. Le glacier passait avec son attelage de gros chevaux et apportait ces grands blocs de glace qui servaient à tenir les boissons et les aliments au frais.
De l'autre côté de la rue un "restaurant économique" accueillait des files de gens qui venaient manger à moindre prix. Les premiers "restos du coeur". On n'a rien inventé, la pauvreté dure depuis des lustres et ne fait que croître hélas !
Puis le soir venu on rentrait se coucher "sans télé" sans penser que cela existerait un jour ...pas si lointain !
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Voilà, tirés du fond de ma vie quelques souvenirs écrits en vrac et sans prétention littéraire, certains teintés de nostalgie d'autres cocasses. J'espère que ces bribes de vie ont apporté un peu de détente et d'amusement aux lecteurs auxquels je souhaite beaucoup de bonheur .
A+ peut-être MD
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Les Souvenirs... reprise....
Les paysans aisés possédaient des chevaux. Mes grands-parents plus modestes n'avaient que leurs vaches. Fanlic, la raisonnable, noire et blanche et Chimel la blonde parfois capricieuse. Elles se laissaient caresser et j'aimais poser ma joue sur leur flanc si tiède, si rassurant, à l'odeur particulière d'étable et de vie. Leurs yeux me fascinaient, leurs beaux yeux largement ouverts, aux longs cils et que les mouches insupportables envahissaient parfois .Je les chassais pour contempler ces yeux calmes et bienveillants. Si !si! c'est beaux des yeux de vache. Les Grecs pour flatter leur déesse reine de l'Olympe disaient d'elle : la belle Hera à l'oeil de boeuf ! C'était un beau compliment !
Donc une fois les vaches attelées à la grande charrette à quatre roues nous grimpions nous installer sur la banquette de devant avec le grand-père qui menait l'attelage. De là où nous étions on ne voyait que la croupe des bêtes. Parfois l'une d'elle marquait son passage tout en marchant d'une bouse odorante ou bien là, il fallait s'arrêter et attendre la fin de la cataracte qui vidait une vessie. Ces fonctions naturelles étaient pour nous très naturelles, pas de quoi en faire un problème ! Arrivées aux champs, les vaches dételées étaient laissées libres dans un pré. Notre travail consistait à les surveiller ,travail peu pénible, les bonnes bêtes broutaient tranquillement la belle herbe grasse et nous étendues à l'ombre sur une couverture on s'occupait à siffler en maintenant un brin d'herbe entre les deux pouces ou bien à tisser des petits paniers avec les tiges raides du plantain ,ou bien à faire courir des coccinelles sur nos bras pour les inciter à s'envoler et montrer leurs ailes transparentes sous les élytres rouges bien déployées. IL m'arrivait souvent de me coucher et de rêvasser en regardant les nuages qui ondulaient dans le ciel bleu. Je me voyais tout là-haut avec les anges dans l'infini du ciel !...j'étais loin ,bien loin ,heureuse !
De retour à la ferme c'était l'heure de la collation : de la limonade et une belle tartine de beurre parsemée de rondelles de cornichon ou de fines tranches de lard fumé .Un régal !....
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Mes vacances se passaient toujours au village. Seulement, les grands-parents et l'oncle n'étaient plus là. L'étable désespérément vide, plus de foin au fenil, plus de paille dans la grange, nos balançoires disparues ! Ma cousine et sa mère habitaient seules la grande maison. Nous avions grandi et nos 20 ans avaient fait de nous de belles et joyeuses jeunes filles encore un peu insouciantes !
Le samedi la cour et la rue étaient soigneusement balayées .Le dimanche jour de la messe, du repos et des loisirs était le point central de la semaine dans ce village entièrement catholique . L'église était toujours pleine. Moi, pourtant pas très pieuse je suivais le mouvement. L'office terminé ,les hommes sortaient en premiers, certains allaient boire l'apéritif au bistrot d'en face .Les jeunes gens se groupaient devant et attendaient la sortie des filles en faisant entre eux de joyeux commentaires !Nous les connaissions presque tous et parmi eux nos amoureux .De loin avec de petits signes entendus nous leur donnions rendez-vous au bal du soir ,bal qui avait lieu les samedis et dimanches soirs dans la grande salle du restaurant de la gare. Là ,dans une ambiance joyeuse et enfumée il n'était pas question de passer une danse, valses, tangos, slows se succédaient au son de l'accordéon. La température montait avec la chaleur ambiante .C'était super comme on dit maintenant ,super de se laisser griser un peu avec des panachés. Vers une heure du matin nos amoureux nous accompagnaient jusqu'à la maison .Tout le long du chemin nous faisions de nombreuses haltes dans la nuit sous la lune moqueuse pour des baisers langoureux ,interminables !A l'arrivée il était difficile de se séparer !encore un petit baiser, un dernier... enfin nous montions nous coucher remplies d'émoi, le coeur battant la chamade, la tête pleine de rêves! Ma cousine finit par épouser son chéri, pour moi la vie nous fit prendre des chemins différents mais qu'importe, les amours de jeunesse sont de précieuses pépites de bonheur inoubliables!
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Il y a soixante ans. En ce matin, il est émouvant d'évoquer cette sortie de l'Ecole Normale, d'institutrices de Metz, fin juin 1948. La sortie d'un moment de vie de quatre années et même de cinq pour quelques-unes d'entre nous. IL y a soixante ans! est-ce possible que nous ayons vécu tant de saisons depuis? Celles d'entre-nous qui sont déjà de l'autre côté du miroir doivent en sourire...
En cette fin de juin 1948 combien étaient-elles ? Moins d'une cinquantaine. En effet, dès l'été 1946 quelques-unes d'entre elles d'origine alsacienne avaient rejoint leur province natale pour y préparer la deuxième partie du baccalauréat sciences expérimentales-choix obligatoire-en 1947et suivre une formation professionnelle de 1947 à 1948.
Nées en 1924,1926,1927,1928 :ouverture de l'EN boulevard Paixhans des dates significatives voire dramatiques qui ont jalonné leur vie, 1939 la mobilisation, la guerre, l'évacuation , l'exode; 1940-1941 les expulsions, l'annexion de fait de la Moselle et de l'Alsace, la déportation, l'agression nazie, l'attente de l'heure de la délivrance , la résistance, le V de la victoire, la libération, l'armistice du 8 mai 1945.
Dès 1939 l'EN des élèves-maîtresses de Metz se réfugie à Romagne(Vienne) au château du Parc. Elles seront la neuvième promotion de la Guerre. A la rentrée scolaire de 1944 elles arrivent souvent après un long voyage en train puis en voiture à cheval de la gare jusqu'au parc. Les salles de cours dans les anciennes écuries, les mottes de tourbe qui chauffent peu, la pluie, la terre argileuse: on leur avait recommandé d'avoir des capes et des sabots. Sans doute était-ce judicieux !
La guerre va finir. Le printemps sera bientôt là. Le Clain coule sous le petit pont, au bout de la descente. L'hellébore vert fleurit dans la forêt du Parc, tussilage, véronique petit chêne, oeillet bec de cigogne, chélidoine douce-amère. Ah! les petits bouquets de plantes à déterminer rapidement en interrogation écrite sur un quart de feuille!
7et8 mai 1945: Marseillaise, Hymne américain, Drapeaux ! Grande liesse sur la place du village de Romagne. Les demoiselles du Parc y sont !
Octobre 1945: rentrée à Metz .Le bac en deux parties en 1946-1947 année de formation professionnelle. E n 1948 l'année de la sortie est atteinte. Elles ont vingt ans ou un peu moins ou un peu plus.
Elles seront maîtresses d'école, professeurs de collège, professeurs, mères de familles ou célibataires, en Alsace, en Moselle en Lorraine.
Souvenirs,souvenirs !....
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...voitures - locomotives -avions (histoires pour rire )
J'ai pratiqué une série de voitures et subi plusieurs accidents dont j'ai eu la chance de sortir indemne .Mon permis à peine en poche je me suis lancée sur les routes de France pour rejoindre la Charente par le Massif central !ouah !! que de tournants sur des routes de montagne .A l'époque il n'était pas encore question d'auto-routes !je n'avais pas prévenu mes parents de mon arrivée .Quand mon père me vit débouler en voiture il en est resté muet pour le restant de la journée !
Devant les grosses locomotives, je ressens encore la trouille que j'avais étant gamine lorsque je passais à côté de ces grandes roues munies d'un bras mobile qui s'agitait dans un nuage nauséabond, cela me semblait être une énorme bête prête à m'agresser .soufflant et crachant du feu !
Des avions il me reste encore une petite humiliation .Nous étions près de Nancy à un meeting aérien et pour tout bien voir un groupe de gens dont nous-mêmes étions installés sur une petite butte "interdite" .Pendant la démonstration qui m'intéressait peu j'ai fouillé dans le sac de ma mère et je me suis barbouillée avec son rouge à lèvres. Peu après un surveillant nous fit déménager et chacun de m'accuser à cause de ce rouge aperçu de loin objet du déménagement !quelle honte !
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